Portrait de Élodie Par Élodie
Publié le 17 août 2026
5 minutes

Devenir notaire : formation, concours et carrière complète

Devenir notaire : formation, concours et carrière complète
Business

Le métier de notaire fascine par son prestige et sa stabilité. Officier public nommé par l'État, le notaire joue un rôle central dans la sécurité juridique des actes essentiels de la vie : ventes immobilières, successions, mariages, créations d'entreprise. Mais comment accède-t-on réellement à cette profession ? Quelles études faut-il suivre ? Quel est le salaire d'un notaire ? Comment s'installer à son compte ?

Ce guide détaillé vous présente le parcours complet pour devenir notaire, de la formation initiale aux perspectives de carrière, en passant par les réalités du métier et les opportunités d'installation.

Qu'est-ce qu'un notaire et quel est son rôle ?

Le notaire est un officier public ministériel nommé par le ministre de la Justice. Il agit pour le compte de l'État et dispose d'une mission d'autorité publique : authentifier les actes juridiques. En apposant son sceau et sa signature, il confère aux documents une valeur officielle équivalente à celle d'un jugement définitif.

Les missions principales du notaire

Le notaire intervient dans quatre grands domaines :

  • Droit immobilier : ventes, acquisitions, baux, hypothèques, servitudes
  • Droit de la famille : contrats de mariage, PACS, divorces, régimes matrimoniaux
  • Successions et transmissions : testaments, donations, règlements successoraux, évaluation patrimoniale
  • Droit des affaires : création de sociétés, rédaction de statuts, cessions d'entreprise, baux commerciaux

Au-delà de l'authentification, le notaire est un conseiller juridique qui accompagne ses clients dans leurs décisions patrimoniales et familiales. Il garantit la conformité légale des actes, s'assure du consentement libre et éclairé des parties, et conserve les actes authentiques pendant 75 à 100 ans.

Les qualités essentielles pour exercer

Devenir notaire requiert des compétences techniques et humaines spécifiques :

  • Expertise juridique approfondie : maîtrise du droit civil, fiscal, immobilier, familial et des affaires
  • Rigueur et précision : chaque détail d'un acte a des conséquences juridiques majeures
  • Discrétion absolue : le secret professionnel est une obligation légale incontournable
  • Capacités rédactionnelles : les actes doivent être clairs, précis et juridiquement irréprochables
  • Sens de l'écoute et pédagogie : expliquer des concepts juridiques complexes à des clients parfois en situation difficile
  • Impartialité : contrairement à l'avocat, le notaire conseille toutes les parties simultanément
  • Compétences managériales : pour ceux qui dirigent un office, la gestion d'équipe et la dimension entrepreneuriale sont cruciales

Le parcours de formation pour devenir notaire

Devenir notaire nécessite un parcours universitaire long et exigeant, réformé en profondeur depuis 2023. La durée totale des études est d'environ 7 à 8 années après le baccalauréat.

Quel baccalauréat choisir ?

Aucun baccalauréat spécifique n'est imposé, mais les profils littéraires réussissent généralement mieux en études de droit. Les spécialités recommandées au lycée sont :

  • Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)
  • Sciences économiques et sociales (SES)
  • Humanités, littérature et philosophie (HLP)

Un bon niveau en expression écrite, en argumentation et en raisonnement logique constitue un atout majeur pour la suite du parcours.

La licence de droit : le socle indispensable

Le parcours débute par une licence de droit en trois ans (Bac+3). Pour candidater sur Parcoursup, les étudiants doivent répondre à un test d'auto-évaluation obligatoire et joindre l'attestation à leur dossier.

Cette formation initiale permet d'acquérir les fondamentaux juridiques : droit civil, droit des obligations, droit des biens, droit de la famille, droit constitutionnel, droit administratif.

Le Master en droit : la spécialisation

Après la licence, il faut obtenir un Master en droit (Bac+5), idéalement un Master mention droit notarial. Ce diplôme est proposé par une vingtaine d'universités françaises. La sélection est très compétitive, avec souvent plusieurs centaines de candidatures pour une vingtaine de places.

Le Master en droit notarial conventionné par l'INFN (Institut national des formations notariales) offre un accès de plein droit à la formation suivante. Les titulaires d'autres Masters en droit peuvent également candidater, mais doivent passer une sélection (examen du dossier et entretien).

Le DESN : la formation professionnelle

Depuis la réforme de 2022, l'accès au métier de notaire passe par un diplôme unique : le Diplôme d'études supérieures de notariat (DESN), qui remplace les anciens diplômes DSN et DN.

La formation DESN dure environ 24 mois en alternance et combine :

  • Un stage rémunéré en office notarial : vous portez le titre de "notaire stagiaire" et travaillez sous la responsabilité d'un notaire titulaire
  • Des cours théoriques : dispensés par l'INFN et l'université, répartis sur 4 semestres
  • Des modules techniques : pratiques notariales, rédaction d'actes, fiscalité, gestion d'office

La formation se conclut par la validation des périodes d'examen et la soutenance d'un rapport de stage ou d'un mémoire. Une fois le DESN obtenu, le diplômé peut solliciter sa nomination auprès du Garde des Sceaux pour exercer en tant que notaire.

Tableau récapitulatif des voies de formation

Étape Diplôme Durée Contenu
1 Licence de droit 3 ans Fondamentaux juridiques
2 Master en droit (idéalement droit notarial) 2 ans Spécialisation en droit notarial
3 DESN (Diplôme d'études supérieures de notariat) 2 ans Alternance : stage en office + cours
4 Nomination - Demande auprès du Garde des Sceaux

La voie dérogatoire : l'ECCT

Il existe une voie alternative pour les professionnels déjà en poste dans un office notarial. Les collaborateurs justifiant d'au moins 9 ans d'expérience (dont 6 ans après l'obtention du diplôme de premier clerc ou d'un diplôme de l'IMN) peuvent passer l'Examen de contrôle des connaissances techniques (ECCT) pour obtenir le Certificat d'aptitude aux fonctions de notaire (CAFN).

Devenir notaire : y a-t-il un concours ?

Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe pas de concours national pour devenir notaire comparable à celui de la magistrature. L'accès au DESN se fait soit de plein droit (pour les titulaires d'un Master droit notarial conventionné), soit sur sélection nationale (examen du dossier et entretien de 15 minutes maximum, avec trois tentatives possibles).

La véritable difficulté réside dans la sélection pour entrer en Master de droit notarial, où la concurrence est intense. Les stages préalables en office notarial, la qualité du dossier académique et la motivation constituent les principaux critères de sélection.

Quel est le salaire d'un notaire ?

La rémunération d'un notaire varie considérablement selon son statut professionnel. Il est essentiel de distinguer trois profils distincts :

Tableau comparatif des rémunérations

Statut Rémunération mensuelle brute Remarques
Clerc / Collaborateur débutant 2 000 à 2 500 € Selon la convention collective du notariat
Notaire salarié débutant 3 200 à 3 500 € Diplômé mais employé d'un office
Notaire cadre (10 ans d'expérience) Environ 5 300 € Variable selon l'office et la région
Notaire libéral (titulaire/associé) Variable, souvent > 10 000 € Dépend du CA de l'office, avec charges importantes

Les revenus des notaires libéraux

Un notaire installé en libéral (titulaire ou associé) peut percevoir des revenus nettement supérieurs, souvent plusieurs fois le salaire d'un notaire salarié. Toutefois, ces revenus sont variables et dépendent du chiffre d'affaires de l'office, de sa localisation, de sa spécialisation et du nombre d'associés. Il faut également déduire les charges importantes liées à la gestion de l'office : personnel, loyer, assurances, cotisations.

Émoluments et honoraires

Les tarifs des notaires se divisent en deux catégories :

  • Les émoluments réglementés : fixés par l'État pour les actes classiques (ventes immobilières, successions), calculés par tranches proportionnelles au montant de la transaction
  • Les honoraires libres : négociés pour les prestations de conseil, d'expertise ou de services spécifiques

S'installer comme notaire : les différentes voies

Obtenir le diplôme de notaire ne signifie pas automatiquement devenir notaire titulaire. De nombreux diplômés exercent pendant des années comme notaires salariés avant de pouvoir s'installer. L'installation est l'étape la plus complexe et coûteuse du parcours.

Les trois statuts d'exercice

  1. Notaire salarié : employé d'un office existant, sans clientèle propre
  2. Notaire associé : détient des parts dans une société notariale et partage les bénéfices
  3. Notaire titulaire : propriétaire de son office, exerce en libéral

Racheter un office notarial : quel coût ?

Le rachat d'un office existant représente un investissement considérable. Le prix se calcule généralement en pourcentage du chiffre d'affaires annuel de l'office, entre 60% et 120% du CA.

Concrètement, les montants varient :

  • Petit office : à partir de 400 000 à 500 000 €
  • Office moyen : 800 000 à 1 500 000 €
  • Grosse étude : plusieurs millions d'euros

Le financement se fait généralement avec un apport personnel (environ 20% du prix) et un prêt bancaire professionnel, remboursé progressivement grâce aux revenus de l'office.

La libre installation : l'opportunité de la loi Macron

La loi Macron de 2015 a ouvert une voie d'accès plus accessible : la création d'offices notariaux dans les zones identifiées comme sous-dotées. Cette réforme permet de s'installer sans racheter de clientèle existante, réduisant considérablement le coût initial.

Dans les zones ouvertes à la libre installation :

  • La nomination est de droit si vous êtes le seul candidat
  • En cas de candidatures multiples, la sélection se fait par tirage au sort
  • Le coût d'installation se limite aux frais de création (local, équipement, personnel)

Cette réforme a permis l'arrivée de milliers de nouveaux notaires sans lien familial avec la profession, démocratisant ainsi l'accès au métier.

Les statuts juridiques pour exercer

Un notaire qui s'installe doit choisir une structure juridique adaptée :

Statut Avantages Inconvénients
Entreprise Individuelle (EI) Création simple, gestion facilitée, séparation patrimoine personnel/professionnel Exercice en nom propre, imposition à l'IR par défaut
Société Civile Professionnelle (SCP) Mutualisation des moyens, pas de capital minimum, flexibilité Responsabilité illimitée des associés, imposition à l'IR (option IS possible)
Société d'Exercice Libéral (SEL) Responsabilité limitée, imposition à l'IS, protection du patrimoine personnel Gestion plus complexe, formalités plus lourdes

La SCP reste la forme la plus prisée par les notaires, car elle facilite l'association entre professionnels et le partage des charges d'exploitation.

Les étapes pour ouvrir son office notarial

L'installation comme notaire titulaire nécessite de suivre plusieurs étapes administratives et préparatoires :

  1. Obtenir le diplôme et la nomination : valider le DESN et être nommé notaire par le ministère de la Justice
  2. Réaliser une étude de marché : analyser la concurrence locale, la demande en services notariaux, identifier une niche ou une spécialisation
  3. Élaborer un business plan : projections financières, investissements nécessaires, plan de développement
  4. Choisir le mode d'installation : rachat d'office existant ou libre installation (selon les zones autorisées)
  5. Définir le statut juridique : EI, SCP ou SEL selon le projet (exercice seul ou associé)
  6. Obtenir l'agrément ministériel : délivré par le ministère de la Justice après examen du dossier
  7. Effectuer les formalités de création : immatriculation via le Guichet unique de l'INPI, publication d'avis, dépôt des statuts
  8. Installer matériellement l'étude : trouver un local adapté, recruter du personnel qualifié (clercs, assistants), s'équiper en logiciels spécialisés

Évolutions de carrière et débouchés

Le parcours professionnel d'un notaire peut prendre plusieurs directions :

Évolution classique dans le notariat

  • Collaborateur/clercNotaire salariéNotaire associéNotaire titulaire
  • Spécialisation dans un domaine spécifique (droit rural, droit international privé, urbanisme, propriété intellectuelle)
  • Obtention de certifications professionnelles reconnues par le Conseil supérieur du notariat

Les spécialisations reconnues

Le Conseil supérieur du notariat délivre des labels officiels de spécialisation :

  • Notaire conseil des familles
  • Notaire juriste d'entreprise
  • Notaire conseil en stratégie patrimoniale et familiale
  • Notaire conseil en aménagement et environnement
  • Conseil des espaces ruraux
  • Conseil des personnes publiques
  • Notaire des clients internationaux

Débouchés alternatifs

La formation en droit notarial ouvre également des portes vers d'autres métiers :

  • Gestion de patrimoine : conseiller en gestion de patrimoine, banque privée
  • Immobilier : expertise immobilière, promotion, gestion d'actifs
  • Fiscalité : conseil fiscal, optimisation patrimoniale
  • Assurance : assurance-vie, produits d'épargne
  • Cabinets d'avocats : spécialisation en droit patrimonial, droit de la famille, droit des affaires

L'insertion professionnelle des diplômés du notariat est réputée excellente, avec un taux de placement élevé et des perspectives de carrière diversifiées.

Avantages et inconvénients du métier de notaire

Les points forts de la profession

  • Stabilité et prestige : profession réglementée, statut reconnu socialement
  • Sécurité de l'emploi : demande constante pour les services notariaux
  • Diversité des missions : variété des dossiers, jamais de routine
  • Rémunération attractive : revenus élevés une fois installé
  • Rôle utile et gratifiant : accompagnement des clients dans les moments importants de leur vie
  • Évolutions possibles : nombreuses voies de spécialisation et de développement

Les défis et contraintes

  • Parcours long et exigeant : 7 à 8 ans d'études, sélection compétitive
  • Charge de travail importante : horaires étendus, heures supplémentaires fréquentes
  • Responsabilité lourde : engagement de l'État, erreurs aux conséquences graves
  • Rémunération initiale modeste : salaire de clerc peu élevé au regard des années d'études
  • Coût d'installation élevé : racheter un office reste un investissement considérable
  • Gestion du stress : clients en situation difficile (deuil, divorce, conflits familiaux)
  • Accès limité au statut de titulaire : beaucoup restent salariés pendant de longues années

Questions fréquentes sur le métier de notaire

Quelle est la différence entre notaire et clerc de notaire ?

Le notaire est l'officier public diplômé, seul habilité à authentifier les actes et à engager sa responsabilité. Le clerc (ou collaborateur) est un salarié de l'office qui prépare les dossiers, rédige les projets d'actes et assiste le notaire, mais ne peut pas signer les actes authentiques. Devenir clerc et devenir notaire nécessitent des parcours de formation différents.

Le BTS Notariat permet-il de devenir notaire ?

Non. Le BTS Notariat forme aux fonctions de collaborateur ou assistant de notaire, pas au métier de notaire lui-même. Pour porter le titre de notaire et authentifier des actes, il faut obligatoirement suivre le parcours universitaire complet (Master en droit + DESN).

Combien gagne réellement un notaire ?

Cela dépend du statut. Un clerc débutant gagne 2 000 à 2 500 € brut/mois. Un notaire salarié débutant perçoit environ 3 200 à 3 500 € brut/mois. Après 10 ans, un notaire cadre atteint environ 5 300 € brut/mois. Un notaire libéral installé peut gagner bien davantage, mais avec des revenus variables selon le chiffre d'affaires de l'office et d'importantes charges à déduire.

Faut-il être fils ou fille de notaire pour s'installer ?

De moins en moins. La loi Macron de 2015 a créé des milliers d'offices dans les zones sous-dotées, permettant une installation sans rachat de clientèle. Le cliché du notariat réservé aux héritiers est largement dépassé. Cependant, racheter un office existant reste coûteux et nécessite un apport financier conséquent et l'accord d'une banque.

Peut-on devenir notaire en reconversion professionnelle ?

Oui, il n'existe pas de limite d'âge. En reconversion, il faut reprendre le cursus universitaire (Master de droit puis DESN). Pour les collaborateurs et clercs expérimentés (9 ans d'expérience minimum), une voie dérogatoire existe via l'ECCT (Examen de contrôle des connaissances techniques) menant au CAFN. Le financement peut être assuré par le CPF ou le plan de développement des compétences de l'employeur.

Quel est le taux de féminisation de la profession ?

La profession s'est largement féminisée ces dernières décennies. Aujourd'hui, près de 58% des notaires sont des femmes, et cette proportion continue d'augmenter parmi les nouveaux diplômés.

Chiffres clés de la profession notariale

La profession notariale en France représente un secteur dynamique et structuré :

  • Plus de 17 300 notaires en exercice
  • Environ 7 000 offices notariaux répartis sur l'ensemble du territoire
  • 58% de femmes dans la profession
  • Âge moyen : 46 ans
  • Près de 4 millions d'actes authentiques rédigés chaque année
  • 15 000 collaborateurs et clercs employés dans les offices

Ces chiffres témoignent de la vitalité d'une profession essentielle au fonctionnement de la société française et à la sécurité juridique des citoyens.

Se préparer dès le lycée et l'université

Pour maximiser vos chances de réussir le parcours vers le notariat, plusieurs conseils pratiques :

  • Choisissez les bonnes spécialités au lycée : privilégiez HGGSP, SES ou HLP pour développer vos compétences en argumentation et expression écrite
  • Réalisez des stages en office notarial : dès la licence, ces expériences sont valorisées dans les candidatures en Master
  • Travaillez votre dossier académique : les notes et classements sont déterminants pour l'accès aux Masters sélectifs
  • Candidatez largement : postulez à plusieurs Masters de droit notarial pour maximiser vos chances
  • Développez votre réseau professionnel : participez aux événements organisés par les chambres de notaires, rencontrez des professionnels
  • Anticipez la recherche d'alternance : trouvez un office d'accueil pour votre formation DESN en amont

Devenir notaire représente un parcours exigeant mais gratifiant, offrant une carrière stable, prestigieuse et diversifiée. Entre expertise juridique, conseil personnalisé et gestion d'entreprise, ce métier allie rigueur intellectuelle et dimension humaine. Si vous êtes passionné par le droit et souhaitez accompagner les citoyens dans les moments clés de leur vie, le notariat peut être la voie professionnelle qui vous correspond.

Portrait de Élodie

À propos de l'auteure

Élodie

Rédactrice en chef

Ancienne clerc de notaire pendant dix ans, Élodie a ensuite rejoint la presse juridique. Elle analyse les évolutions du notariat et leurs implications patrimoniales.